« IMMOBILES » Cie les Hommes De Mains

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« Le théâtre n’est pas un luxe. Ce n’est pas une décoration culturelle que l’on installe lorsque tout va bien. Le théâtre est un lieu où une société se regarde, se questionne, rit d’elle-même parfois, et retrouve ce qui nous rassemble » et une fois de plus les paroles de Frédéric Richaud sonnent vrai. Cette édition des Nuits de l’Enclave a la saveur des grandes années, celle d’un anniversaire, 60 années toutes rondes et celle aussi d’un départ vers la retraite pour Fred Richaud après sept ans à diriger ce beau bateau. C’est à peine croyable et j’ai hâte de voir ce qu’il va écrire sur cette grande page de liberté.

Défenseur de la « résistance joyeuse, » j’ai été spectatrice depuis 20 ans de son parcours sur les planches, à l’écriture, la lecture, la mise en scène entre émotion, rire et profondeur de la réflexion sur la place du spectacle dans la vie de tous les jours en poussant des portes, y compris les plus inattendues pour porter le spectacle au plus près de ceux qui n’auraient pas le courage après une longue journée, l’envie ou simplement la chance de pouvoir se déplacer vers les grandes villes. Acteur du théâtre rural, j’ai vu Fred jouer dans un café au milieu de clients qui n’étaient pas bien au courant de ce qu’il se passait, interloqués et finalement amusés, dans des écoles, dans un cimetière (oui, oui), dans des caves, entre les rayons d’une bibliothèque, mille salles des fêtes, combien de place de villages et sur des scènes grandioses avec des loges, des vraies, un cadeau pour ces comédiens d’Eclats de scène puis du Centre dramatiques des villages, scène conventionnée ! Oui msieur, dame ! Convaincus de cette nécessité de l’itinérance, ils ont su s’accommoder de peu pour jouer et faire jouer les compagnies programmées partout avec toujours une exigence de qualité sur tous les points pour mettre chaque spectateur sur un pied d’égalité.
Et au delà du défi technique que tout cela représente, celui qui pèse le plus, c’est l’argent…
S’il assure partir serein, Frédéric ajoutait   »Nous connaissons une grave crise qui s’accompagne d’incertitudes, de baisses successives de subventions, de budgets qui rétrécissent comme une peau de chagrin… À ce rythme-là, bientôt on nous demandera peut-être de programmer un festival avec trois tréteaux, une lampe de poche et beaucoup d’imagination mais heureusement, l’imagination, dans le spectacle vivant, nous n’en manquons pas !  » évoquant les conséquences de ce robinet fermé sur l’éducation populaire, la liberté de penser, de créer et d’imaginer quand les moyens ne sont plus là, il évoque les initiatives pour se réinventer et coopérer,  une des voie vers ce mot que je n’aime plus trop, « résilience » pour garder le spectacle vivant comme moyen d’élargir les horizons.

Et parce que dans son discours, écrit pour une fois, Fred dit encore « nous » je me plais à penser que je vais le voir jouer encore, différemment, plus libre certainement. Vive la retraite et vive les Nuits de l’enclave !

Quand à la Cie les Hommes De Mains, « Immobiles », cette ouverture de festival donne le ton :  poésie, tendresse et technique avec ce  main à main  émouvant qui questionne  le temps et ce que nous en faisons. Mise en scène audacieuse  avec ce tapis de marche géant, (j’ai entendu tapis de caisse d’Intermarché dans le public, ben oui il y a de ça mais bon ;-), qui représente un défi technique mais aussi un espace de création bien trouvé.

www.nuits-enclave.com